La procrastination chez le Haut Potentiel (HP)


Vous arrive-t-il souvent de vous dire :

  • Je ne sais pas vraiment ce que je veux, ce que j’aime.

  • Je ne sais rien faire vraiment.

  • J’ai envie de choses tellement différentes que je ne sais quoi choisir.

  • Je ne sais pas comment m’y prendre.

  • Je n’y arriverais jamais…

  • Je fais plein de projets dans ma tête.

Qu’est-ce qui fait qu’un grand nombre de personnes à haut potentiel (HP) a des difficultés à se mettre en action, à concrétiser ce qui leur tient à cœur ?

Où la procrastination puise-t-elle ses sources ?


Nous vivons dans un monde individualiste, formaté, où la perte de sens, de motivations sont criantes, où l’on ne cherche pas tant des solutions mais surtout le pouvoir, le médiatique, le buzz, où les émotions, les hésitations, le doute, sont vus comme des faiblesses , où le politiquement correct a remplacé l’authentique, où le sensible n’a pas sa place.

Il faut être dans le rang. Ainsi chacun s’enferme dans sa bulle protectrice et joue un rôle sans trop se poser de questions.

L’hypersensibilité : un terrain glissant pour procrastinateur

De plus, tout est saucissonné, hyper spécialisé et pour une personne HP tout cela est perturbant et sans grand sens! À vrai dire, c’est perturbant pour tout le monde. Le HP n’est pas tant différent des autres mais il vie les choses plus intensément. Il conscientise, et ressent plus fort, de façon plus accrue. Là où une autre personne n’aura pas forcément conscience de la chose ou ressentira une légère gêne, le HP lui, éprouvera un mal être profond, et souffrira dans sa chair!


Alors comment trouver et prendre sa place dans ce monde formaté ?


La procrastination vient souvent d’un sentiment confus d’idées, de sensations, de décalages, de croyances pas bien identifiées…

Le haut potentiel est tiraillé entre le doute (de lui, de tout), le sens, son hyper-empathie, le regard de l’autre, sa liberté, ses choix, son intensité. Il est donc nécessaire d’éclaircir cela en explorant son histoire.

Pourquoi est-ce important de questionner le HP sur son passé ?

Tout d’abord et comme souvent l’histoire du haut potentiel est prépondérante. Est-ce que oui ou non notre zèbre s’est-il déjà autorisé à prendre sa place, à aller au bout de son propre désir? S’est-il autorisé à exprimer son originalité, sa façon généralement peu académique ou inattendue de prendre les choses ?

Si la réponse est non, cette envie, cette «exposition» va bien sûr être stressante, inconfortable, surtout si les quelques tentatives passées ont été critiquées.

Un HP qui procrastine est un HP inhibé.

Rappelons-nous que le HP pense qu'il a peu de confiance en lui et il va accorder beaucoup d’importance au regard de l’autre! Ce regard qui peut parfois inhiber totalement son désir, il ne s’autorisera plus rien et, ou, ne parviendra plus à identifier ses vrais envies.

Se confronter à ce monde peut-être une souffrance pour le haut potentiel car il y a une incompréhension réciproque. Le monde intérieur du HP tout en couleurs, en nuances, en subtilités, en intensité et le monde extérieur qui bien souvent n’a que faire du juste, du beau, du plein, du sensible!!

Le conformisme ne convient pas aux hauts potentiels

Comment la procrastination se met en place chez le HP ?


Parfois le fait même d’envisager l’action est douloureux physiquement. C’est ainsi qu’il peut passer son temps à élaborer des tas de concepts, d’idées, très intéressants sans passer à l’action! Il devient en quelque sorte, addict à une rêverie pseudo-confortable où il décortique, étudie un sujet à fond, où il peaufine sans fin un projet jamais assez parfait!

A long terme, cette inaction va déclencher de fortes angoisses. Le haut potentiel doit agir à sa façon. Il doit comprendre qu’il n’est pas obligé de tant se conformer mais plutôt de s’autoriser à être et oser se montrer!…S’il ne met pas en action son potentiel, il va procrastiner, s’étioler puis s’éteindre.

« C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. À mesure que nous laissons briller notre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même » Marianne Williamson

Découvrir, comprendre son fonctionnement l’aidera pour «s’autoriser à être». Il comprendra qu’il n’est ni fou, ni mauvais, ni fragile, ni nul, ni tout seul!! Le HP doit (ré)apprendre suivre son cœur, son envie, sans trop se poser de questions et en faisant fi du regard des autres (je sais ; pas facile, mais possible!!).

Qu’est-ce qui lui parle dans ses tripes ? Qu’est-ce qui fait sens?

C’est ainsi qu’il trouvera sa motivation, sa congruence. Refaire une lecture de son passé, de son parcours l’aidera à mieux se comprendre, mieux s’accepter. Avait-il des passions, des rêves qui ont été écrabouillés ou qu’il a laissés s’étioler ? S’est-il écarté de ce qu’il est profondément ? Comment ? En quoi ? Pourquoi ?

Il doit prendre conscience de son perfectionnisme, de ses doutes exacerbés, de son syndrome de l’imposteur omniprésent, de sa façon non académique mais cependant efficace de s’y prendre, du regard de l’autre trop obsédant.

Le HP doit réaliser que s’il a eu tant de mal jusqu’à présent, c’est parce qu’il y avait un décalage entre lui et les autres qu’il n’a pas su identifier. Il se pensait en dessous, incapable, impuissant, sans place, par méconnaissance de lui-même.

L’impact émotionnel de la pensée en arborescence

Il doit également comprendre qu’il est sensible à un nombre d’informations bien supérieur à la moyenne (intellectuelles, émotionnelles, sensorielles) qu’il a du mal à hiérarchiser, car tout pour lui est, et lui arrive, sur le même plan.

Ces informations qui peuvent être parfois antagonistes les unes des autres (parfois qu’à première vue) peuvent embrouiller ses idées. Cela crée un impact émotionnel généralement sous-estimé.

Les chutes d’énergie distillent le doute et renforcent la dévalorisation

C’est ce qui peut engendrer une rupture, une chute d’énergie, et qui augmente son doute, son angoisse et lui donne la sensation qu’il est inconstant, et qu’il n’y arrivera jamais.

Cependant c’est également grâce à cette capacité de compiler autant d’infos que le HP obtient cette pertinence, cette fulgurance.

Il ne doit pas se juger ou juger son idée ; c’est nul, immature, illusoire etc…Il ne doit surtout pas devenir, pour lui-même, ce miroir déformant qu’il a pu connaitre par le passé et qu’il peut donc facilement et insidieusement avoir intégré.

Savoir choisir pour savoir faire

Souvent le HP se trouve écartelé entre plusieurs envies et n’arrive pas à faire un choix.

Il est intéressant dans ce cas d’aller plus loin dans le questionnement afin d'explorer derrière chaque idée quelle est la véritable motivation et ainsi de trouver LE fil conducteur. Trouver ce fil rouge qui lie tout ce qui le passionne et qui y donne du sens. Ce fil rouge on ne le trouve pas en réfléchissant mais en redescendant dans son cœur.

La créativité, la soif d’apprentissage et ses capacités intellectuelles amènent le HP à se disperser dans de nombreux domaines mais son cœur, lui, il sait ce qu'il veut vraiment. Beaucoup, de hauts potentiels que j’accompagne se sont coupés avec le temps de leurs ressentis, de leurs émotions par rapport à leurs propres besoins. Ils se sont tellement sur-adaptés dans leur environnement professionnel et social qu’ils se sont déconnectés de leur essence, de leurs ressentis, de leur intuition pour ce qui est juste pour eux. Au lieu de cela, ils papillonnent dans tous les sens à la recherche de stimulations intellectuelles, à la recherche d’un plaisir immédiat mais qui ne les remplira pas sur le long terme.


Comment la procrastination masque la crainte de l’échec chez le HP ?


Souvent, le HP pense qu’il n’a pas assez d’éléments pour agir, qu’il n’est pas prêt pas assez parfait etc… Hors c’est l’inverse, il n’agit pas parce qu’il a trop de données (intellectuelles, émotionnelles, sensorielles…) et qu’il ne s’accorde pas le droit d’être imparfait. C’est pourquoi il est important qu’il sache se recentrer : Qu’est-ce qui me parle dans mon corps, mon coeur, et qui fait sens pour moi ?

Le lien entre perfectionnisme et procrastination

Mais également qu’il s’accorde le droit de se tromper ou de ne pas être parfait. Le HP peut aussi avoir tendance à se laisser happer par différents projets, différentes sollicitations; Il va aller là où on l’aime!! Et ainsi trop s’éparpiller, ce qui aura pour conséquence de l’ épuiser (il fera tout à fond), sans obtention de résultat satisfaisant. Il validera alors une fois de plus la croyance qu’il a sur «sa médiocrité».

L’abandon comme porte de sortie

Le HP peut aussi avoir tendance à abandonner un projet quand celui-ci devient un peu difficile. Comme il a l’habitude d’avoir des facilités, il peut se dire que si c’est difficile c’est que ce n’est pas pour lui. Sa crainte de l’échec peut aussi intervenir. Elle peut réveiller des souvenirs douloureux de l’enfance ; moqueries, rejets.

Le fait de ne pas arriver à faire certaines choses que les autres font facilement. Ayant un fonctionnement complexe, il a souvent du mal à faire des choses simples. En revanche il sait rendre des choses complexes, simples.

Le rejet inconscient du monde

Le HP peut aussi ne pas avoir envie de réussir car inconsciemment soit il ne veut pas adhérer à ce monde qui l’a tant rejeté et avec lequel il n’est pas en accord, soit il imagine que réussir c’est sortir du lot, c’est être différent alors qu’il a tout fait jusque-là pour ne pas se faire remarquer et rentrer dans le moule. Un peu comme si réussir c’est se trahir!!

C’est pourquoi il est essentiel de se poser la question suivante : Comment je peux prendre ma place en restant fidèle à qui je suis ? Comment et en quoi je peux apporter ma contribution à ce qui est important pour moi?

Un accompagnement peut-être alors très pertinent pour aider l’aider dans cette démarche.


3 stratégies efficaces pour moins subir la procrastination

Aux questionnement suivants qui reviennent de façon incessante :

  1. Je ne sais pas comment m’y prendre !

Réponse : Généralement la question est plutôt, comment je m’autorise à activer mon côté créatif et, ou, peu académique? Ensuite, par quoi je commence et, ou, de quoi j’ai besoin pour commencer ?

Puis, je me fixe des «sous objectifs» qui me permettront d’être moins effrayé par la tâche. Comment avaler un éléphant? En le découpant en petits morceaux. Donc chaque jour, je mange un peu de mon éléphant!

Je recherche également le sens de mon projet. Dans quel mesure il m’aide à exprimer mon identité, ma contribution dans ce monde et est aligné à mon Pour Quoi et mon Pour Qui. C’est très important, cela m’aide à rester aligné, à créer de la motivation et à me nourrir de l’intensité dont j’ai besoin. Je contribue à quelque chose de plus grand, de plus fort que moi…


2. Je ne suis pas assez constant dans mon énergie, ma motivation, et ça me fait flipper!!


Réponse : La dessous, il y a plusieurs choses. Déjà, je prends conscience, que lorsque je suis en énergie haute, j’avance vraiment et de façon pertinente. Alors peut-être que si je me relâche un peu ce n’est pas si grave. Personne n’est à fond tout le temps. Chez moi les variations sont juste plus intenses que la moyenne. Je dois accepter que certains jours, rien ne vient!!

Peut-être aussi que pendant cette période intense, je n’ai pas pris soin de moi, de mes besoins parce que j’étais à fond dans ma création et donc j’arrive tout simplement à fond de cale! Peut-être aussi que là dessous s’insinue un désir de perfection, de maitrise qui m’épuise voire même me démotive !

Là encore j’en prends conscience et j’essaie d’aller dans du plus juste, du plus serein et non dans du parfait. Le parfait n’est finalement qu’un signal fort de stress qui m’indique peut-être que je manque de confiance. Alors qu'en soit le "parfait" n’est pas très intéressant dans la mesure où il fige les choses, où il m'empêche d'expérimenter et de m'améliorer.


3. J’ai trop d’idées, je ne sais pas choisir !


Réponse : Je cherche le fil conducteur de toutes mes idées. Je conscientise ce que je veux mettre en action chez moi, mon talent, ce qui est important pour moi. Je peux également concevoir mon projet uniquement comme support de ce que je veux mettre en action et ainsi laisser libre cours à ma créativité…

  • Je remplace les pensées du type : «Mon idée est nulle, je n’ai pas les compétences, je vais être ridicule, on va bien s’apercevoir que je suis un imposteur, je m’y prends comme un manche, ce que je fais ne vaut rien etc»…

  • Par un recentrage sur mes ressentis pour activer les pensées du type : « Je me fais confiance, je m’appuie sur mes ressentis, je suis mon intuition, je ne me laisse pas déstabiliser par l’opinion des autres (je me recentre), je connais ou je prends conscience de mes points forts (je m’appuie dessus), de mon fonctionnement, je chemine et je verrai bien comment faire des ajustements au moment voulu.»

Mais je n’y arriverai jamais!! Ah bon?!

Et bien commence donc, juste pour voir !!…

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